Repères

Paléolithique
Terme créé en 1865 pour désigner l'Age de la Pierre ancienne ou pierre taillée. Le Paléolithique commence avec la pierre taillée par l'homme, il couvre la majeure partie de l'ère quaternaire, soit 2 000 000 d'années et comprend toutes les industries humaines d'époque pléistocène.

Il est lui-même subdivisé en trois grandes périodes, correspondant à une évolution culturelle et technologique : le Paléolithique inférieur, le Paléolithique moyen et le Paléolithique supérieur.

Quaternaire
Quatrième ère géologique, la plus récente.

Magdalénien
De La Madeleine (Dordogne). Dernière civilisation du Paléolithique supérieur (18 000-11 000 ans avant J.-C.), étendue à toute l’Europe et à une partie de l’Asie. Elle correspond à l’apogée de l’art ainsi qu’à une très grande diversification des outillages lithiques et osseux.

 

La préhistoireL'implantation des premiers hommes dans la vallée de la Creuse.

Le paléolithique

La vallée de la Creuse a commencé à se former dès le début du Quaternaire. Les alluvions, faites de sable et de galets de quartz, transportées à cette époque par les eaux courantes de la rivière, se retrouvent aujourd'hui à une centaine de mètres au-dessus de son cours.

C'est sur ces alluvions, dans un climat tempéré et un paysage forestier où dominaient les châtaigniers (20 à 40 % des pollens conservés), que les premiers hommes se sont installés à plusieurs reprises et ont abandonné de nombreux débris de quartz brisé ainsi que des outils sommaires.

Les traces d'un de leurs campements ont été mises au jour sur le site de Lavaud, près d'Eguzon. Le sol, empierré, était probablement abrité par une charpente de branchages recouverte de peaux : des trous de piquets et des accumulations de débris retrouvés à la périphérie de l'habitation font penser à la présence de parois souples.

Restitution de la hutte de Lavaud

La restitution de cette hutte a été réalisée en respectant scrupuleusement les données de la fouille. L'outillage retrouvé sur le sol de ce campement, implanté à la base de la plus haute terrasse de la Creuse, date d'environ un million d'années. Les techniques de fabrication de cet outillage, très archaïques, ont pu être retrouvées par expérimentation. Les galets étaient taillés à une extrémité ou brisés à l'aide d'un autre galet (le percuteur).

Les filons de quartz étaient cassés sur un un percuteur dormant retrouvé en place sur le sol de la hutte. Les débris étaient utilisés directement ou retouchés et transformés en outils (becs, grattoirs, museaux, etc.,). Aucun reste osseux de la faune chassée n'a été conservé dans le sol argileux acide.

Les industries acheuléennes

Ces objets ont été découverts en surface ou dans le sol des basses terrasses de la Creuse, de la Bouzanne et sur les plateaux environnants.

Ce sont des bifaces, outils efficaces au tranchant long, plus évolués que les galets aménagés qu'ils ont progressivement remplacés.

Ces bifaces, outils de pierre, en forme d'amande, façonnés plus ou moins totalement sur les deux faces, apparaissent en même temps qu'une nouvelle technique de débitage : la technique Levallois qui permet d'obtenir à partir d'une préparation particulière du nucléus, des éclats de la forme et de la grandeur voulues.

Contemporains des premières utilisations du feu, le biface et la technique Levallois ont été utilisés jusqu'à la fin du Paléolithique moyen (- 40 000 ans av. J.-C. environ).

Le paléolithique supérieur

Lors de la dernière glaciation (Würm), la vallée de la Creuse a servi de refuge aux chasseurs, aux troupeaux qui ont dû quitter les bordures de l'inlandsis (glacier étendu en forme de calotte sur le Nord de l'Europe) et les montagnes englacées.

La plupart des grottes et abris et de nombreux campements de plein air ont longuement été occupés pendant l'Aurignacien, le Solutréen et les différentes phases du Magdalénien. Ils apparaissent aujourd'hui comme autant de relais entre les sites et les cultures du Bassin parisien, du Massif central, du Poitou et de la Dordogne.

Un affût de chasse solutréen à Fressignes

Un remarquable outillage du Solutréen supérieur, trouvé sur le sol d'un campement aménagé vers 17 000 av. J.-C., à été trouvé au-dessous de Fressignes, sur un replat dominant le défilé ouvert par la Creuse dans les micaschistes et les amphibolites.

La fouille de ce campement solutréen de plein air -le premier exploré de la région- a permis de mettre au jour de nombreux outils en silex et parfois en quartz, seuls éléments conservés dans ce sol acide. Les silex (une vingtaine de sortes) apportés sur ce site proviennent de gisements situés en aval de la vallée de la Creuse, éloignés de quinze, vingt, trente ou même parfois cent kilomètres (Grand-Pressigny).

D'autres, plus rares, proviennent des terrains sédimentaires se trouvant au nord (60 km) ou à l'est (35 km). On notera la variété des outils découverts (pointes à cran, becs, perçoirs, burins,...) et la qualité de la taille dont ils résultent (taille bifaciale, outils en forme de feuille fine et translucide).

L'abri Fritsch à Pouligny-Saint-Pierre

L'abri FritschSitué à quelques kilomètres en aval de la commune du Blanc, cet abri, découvert en 1957 par René Fritsch, contient sur 3 m de hauteur une succession de remplissages d'argile et de blocailles calcaires sur lesquels les chasseurs se sont installés à une dizaine de reprises entre 17 250 et 13 500 av. J.-C.

On a retrouvé dans les niveaux inférieurs un outillage solutréen (feuille de saule, de laurier,...) et sur les autres sols un outillage lithique et osseux très différent attribué aux premiers Magdaléniens. Parmi ces outils, en silex, calcaire ou quartz, on remarquera différentes variétés de grattoirs, des burins sur troncature ou sur encoche et des pièces esquillées.

Ces dernières servaient à fendre le bois (branches, petits troncs) que les burins permettaient de rainurer. Les bois de renne étaient brisés avec un percuteur de pierre et les grandes esquilles étaient façonnées en sagaies larges et aplaties avec des raclettes en silex fixées sur le côté d'un rondin de bois.

Les Solutréens qui occupèrent les couches 10, 9 et 8 de l'abri Fritsch eurent à affronter un froid très rigoureux et une sécheresse importante qui détermina la disparition des arbres de la steppe.

Faisant suite à cette phase de glaciation intense, après un interstade plus tempéré et humide, se succédèrent durant le Würm IV, des phases de froid sec où réapparut la steppe aux arbres rares et des feuillus près de la rivière : noisetier, saule, aulne,...

La fouille de l'abri Fritsch a fourni des éléments extrêmement précis sur le climat, la faune et la flore qui existaient durant la période badegoulienne, datée de 16 030 ± 550 av. J.-C. Les animaux vivant autour de l'abri étaient alors abondants : certains s'adaptèrent au climat rigoureux (aurochs, cheval), beaucoup arrivèrent des zones boréales (renne, renard polaire, glouton, chouette harfang), des toundras sibériennes (lemming, campagnol) ou des montagnes couvertes de glace (bouquetin).

L'homme a remarquablement géré ces ressources naturelles : il a utilisé le renne et le cheval, et quelques grands mammifères pour leur nourriture, et il a eu recours à la fourrure des carnivores pour se protéger du froid. La présence de nombreuses aiguilles à chas sur le site indique l'importance accordée à la couture des vêtements et des couvertures (assemblage du cuir et des peaux).

L'analyse des charbons des foyers a permis d'établir une chronologie absolue cohérente (datation par le radiocarbone) de la plupart des couches d'habitation (17 250 à 13 500 av. J.-C.) et des cycles climatiques.

Les grottes de la Garenne à Saint-Marcel

Les Magdaléniens installés dans les grottes et abris du coteau de la Garenne durant le millénaire suivant perfectionnèrent les techniques de chasse et de pêche.

Vivant dans le même climat rigoureux que les Badegouliens, ils ont poursuivi le même gibier : le renne, le cheval, l'antilope saïga et le loup.

Crâne de loupLe massacre d'aurochs, à coups de merlin sur le frontal, témoigne de l'habileté de ces hommes qui chassaient en groupe et parvenaient à immobiliser puis à abattre d'un coup précis cet animal de grande taille. La disposition d'une douzaine de massacres d'aurochs fait penser à un rituel peut-être en relation avec un culte.

Les armes sont souvent décorées de motifs stylisés, gravés au burin : poissons, décors géométriques, extrémités phalliques. Des objets de parure (coquillages marins, fossiles ou non, pendeloques,...) souvent colorés à l'ocre rouge, et que l'on cousait sur les vêtements de peaux ou de fourrures, sont utilisés, ainsi qu'un nécessaire à couture (aiguilles en os à chas minuscule, poinçons, queue de cheval fournissaient le crin, talons de renne pour les tendons).

L'éclairage indispensable à la réalisation de ces différents travaux était peut-être fourni par les flammes des foyers aménagés à même le sol, et sans doute aussi par des lampes. Celles-ci, très nombreuses, ont été retrouvées sur les lieux mêmes où s'opérait le traitement de matière première (ateliers) ou sur certains rebords rocheux.

Biface acheuléen.
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